Accueil / Je suis grand-parent / Être grand-parent / «Parent d’hier versus parent d’aujourd’hui» Version Leila : Parent d’aujourd’hui versus parent de demain
Ma fille me demande mon opinion sur les mères d’aujourd’hui versus nous, mères d’autrefois.
Je déteste tout ce qui commence par Dans mon temps. On se l’est fait dire trop souvent dans notre jeunesse. Et voilà, c’est à mon tour d’utiliser cette formule ou quelque chose de semblable. Suis-je déjà si vieille ?
Les mamans d’aujourd’hui sont tellement inquiètes et si près de leurs enfants, qu’elles oublient parfois qu’ils sont bien vivants, sains et tout neufs. Capables de jouer, de pleurer, de se faire mal sans qu’il soit nécessaire de paniquer. Les gamins vont survivre hors des bras de maman. Les femmes se sentent-elles coupables de travailler, d’avoir une vie à elles et pas seulement d’être mères ? Celles de ma génération ont aussi ressenti cette culpabilité. Seulement moi, j’étais déjà un modèle à l’ancienne, plus semblable à ma propre mère qu’à mes copines d’université qui ont dû sacrifier quelques douceurs familiales au prix de leur carrière. Moi, ce sont mes diplômes que j’ai rangés dans le tiroir, une trousse de connaissances en premiers soins qui fera de moi une maman-infirmière très qualifiée. Ce ne sont pas mes enfants qui me culpabilisaient pour mes absences (peu fréquentes). C’est plutôt le reste de la société, surtout les autres femmes, qui me reprochaient ces bonnes études que j’avais eu la chance de faire…en vain. (Elles avaient quand même un peu raison.) Il faut se remettre en contexte. C’était la période des Yvettes, de Lise Payette en politique ; quelques années après que les New-Yorkaises eurent jeté leur soutien-gorge sur la place publique. Être une femme de carrière n’était pas un choix, mais était devenu un devoir pour l’égalité des sexes.
Les mamans du 21e siècle sont vraiment branchées au sujet de l’alimentation. Elles consultent des livres de recettes et cuisinent de la bouffe sans sel, sans sucre, parfois même sans goût. Ne pas introduire les mauvaises habitudes qu’on a prises. Cela a évidemment du bon sens ; mais un petit doigt de crème glacée ou un dessert un peu plus gourmand, c’est craquant à regarder et délicieux à déguster pour bébé. Nous avons bien vécu quelques modes granos comme la crème Budwig, mais dans mon temps c’était surtout le quick, les céréales très sucrées, le chicken bakes et les pogos maison.
Parlant d’alimentation, il y a d’abord l’allaitement à presque tout prix. Qui n’allaite pas devrait sans doute se cacher aux yeux de plusieurs mamans. Or, l’amour ne passe pas que par le lait maternel ! Bien sûr, c’est meilleur pour bébé, mais il faut aussi que ce soit agréable et que ça ne devienne pas une épreuve !
La préoccupation première étant le bien-être de leurs poupons, elles lisent tous les bouquins de psychologie et se retrouvent souvent coincées entre deux versions un peu contradictoires. Doit-on donner la suce ? Faut-il se lever au moindre cri la nuit? …Mais, au fond, on avait les mêmes préoccupations. On faisait peut-être un peu plus confiance à son instinct ou à ses parents et amis et on usait peut-être d’un peu plus de fermeté.
Au sujet de ces fameux livres sur le développement, la psychologie, les jouets adéquats…Elles veulent apprendre plein de choses aux enfants et c’est quelquefois trop tôt. Laissons-les simplement n’être que des enfants libres de s’amuser à leur goût et de niaiser par moments, sans les encadrer tout le temps.
Finalement, je dois parler des couches. Moi qui aurais tant aimé pouvoir me payer des couches jetables, celles qu’on ne laissait pas macérer dans une chaudière après avoir évacué leur contenu dans la cuvette d’eau glacée, celles qui n’avaient pas besoin d’être lavées, bien rincées, asséchées dehors et pliées. Mais non ! Certaines nouvelles mères, par souci d’environnement, rejettent cette douceur pour laver, sécher et plier des couches. C’est le monde à l’envers !
Pourtant, j’envie tellement ces beaux moments qu’elles passent avec leurs petits. Elles réussissent à tout concilier et Dieu sait que ce n’est pas facile. Les petits accrochés aux hanches, au dos ou contre leur poitrine, elles vont partout avec eux, leur expliquant des choses qu’ils ne comprennent pas, mais qui semblent les ravir. De plus, j’ai l’impression qu’elles se foutent plus que nous du jugement social. Combien de fois on a entendu : J’te dis que si c’était le mien ou Il faut y serrer la vis…Il fallait que notre enfant soit bien élevé, bien moulé. Non seulement il ne fallait pas trop le vanter, mais nous nous sentions coupables de tous leurs comportements dérangeants. Peut-être qu’elles subissent encore cette foutue pression, mais elles y résistent sans doute plus que nous. Je pense cependant qu’il y a des endroits (cinéma, fête d’adultes, corvée) qu’on peut fréquenter sans enfant et sans se sentir coupable ou en vouloir à la société intolérante.
Les mamans d’aujourd’hui transmettent leur amour et leurs émotions plus facilement que nous. Elles sont plus libérées et savourent davantage leur bonheur. Nous, nous étions plus coincées dans nos émotions. Il fallait les éduquer, tenir très bien la maison et peut-être qu’on n’a pas assez rigolé et joué avec eux, mais on ne les a pas moins aimés. Quelle que soit la parentalité d’hier, d’aujourd’hui ou de demain, la plus importante constance, c’est l’amour !
Une chose est certaine pour moi ; quand je vois les yeux de ma fille qui regarde ses petits trésors, je sais que tout l’amour du monde s’est transmis et s’est même amplifié chez cette maman si aimante qu’elle est devenue.
Par auteure invitée
Rédaction :
Auteure invitée
Mise à jour : 19 septembre 2026
