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Mes parents se séparent et j’ai 35 ans

Je l’ai annoncé comme ça à une amie au téléphone : « Peux-tu croire que je te dis ça? Mes parents se séparent. Ben oui, je viens de le dire. J’ai 35 ans! » En en discutant avec des amis dans mon entourage, je me suis aperçue que un, Dieu merci, je n’étais pas seule, et deux, je l’avoue et je n’en suis pas fière : tout le monde était surpris. Pas surpris parce que mes parents étaient un modèle de couple amoureux, mais surpris qu’ils s’embarquent là-dedans, une « séparation » À LEUR ÂGE.

Je sais. C’est ridicule. Mes parents ne sont pas morts, ils sont actifs, mon père travaille encore et ma mère a à peine le temps de me parler au téléphone plus que dix minutes depuis qu’elle a pris sa retraite. Elle a tellement d’activités! Mais, pourquoi maintenant?

Ma mère m’a dit : « Il nous reste une bonne vingtaine d’années devant nous, j’ai pas envie qu’on les passe à se chicaner ».

Pas fou.

Ce qui m’a le plus étonnée, c’est pas tant qu’ils se séparent (disons que je n’ai jamais perçu mes parents comme un couple ultra-amoureux fusionnel et extrêmement dépendant l’un de l’autre, ce qui a eu des avantages et des inconvénients), mais, surtout, la peur qu’ils avaient de me l’annoncer. Ils pensaient que je serais fâchée. Que je ne voudrais plus leur parler! Que je les empêcherais peut-être, un temps, de voir leur petit-fils!

Ça m’a brisé le cœur. Est-ce que mes parents me connaissaient si peu? Comment pouvaient-ils s’imaginer que je ne souhaitais pas leur bonheur à tout prix? Comment pouvaient-ils croire que je voudrais prendre mes distances d’eux? Après tout, ils sont ma famille, la seule que j’ai.

À vous, Grands-Parents qui se séparent une fois que la « job » d’élever vos enfants est terminée, je veux vous dire que je comprends. Après tout, rien ne vous oblige à rester ensemble pour notre bénéfice. Je comprends parfaitement qu’après 30, 40 ans avec la même personne, au moment de décider si vous poursuivez la route en tête à tête ou en solo, vous ayez envie de dire : non merci.

Mes parents m’ont cependant fait un cadeau exceptionnel. Celui de me promettre de conserver une relation familiale cordiale et amicale pour le bénéfice de tous. Le mien, celui de mon conjoint et, surtout, celui de leur petit-fils, qu’ils n’ont pas envie de voir « une fois sur deux » lorsque nous serons en visite dans leur ville. Je n’ai donc pas été forcée de choisir entre mes deux parents. Nous passerons les fêtes familiales tous ensemble, et chacun rentrera chez soi par la suite. J’imagine que tout cela est appelé à évoluer, bien sûr, et que ce ne sera pas toujours rose, mais j’apprécie l’effort et la volonté qu’ils ont de préserver une partie du lien qu’ils ont eu, ce lien qui m’a mis au monde.

Je ne sais pas où ce texte vous rejoint aujourd’hui. Peut-être êtes-vous justement en train de considérer une séparation de couple à l’approche de la retraite? Si je peux me permettre : ce n’est pas parce que les enfants ont quitté la maison que la job de parent et de membre de la famille est terminée. Je remercie mes parents de m’épargner, dans cette transition. De penser à moi. De vouloir que, malgré tout, je conserve une vision positive de notre famille. C’est de loin un des plus beaux cadeaux que j’ai reçu d’eux au fil des 35 dernières années. À moi et à mon fils. Les preuves d’amour ne sont pas toujours là où on pense les trouver. Je n’aurais jamais cru sentir tant d’amour et de respect dans notre famille durant la séparation de mes parents. Et je les en remercie.

*Je précise, pas que ce soit du domaine public, mais pour information, que mes parents ont simplement choisi de vivre chacun de leur côté. Je ne crois pas qu’ils feront des voyages ensemble demain matin, mais personne ne quitte pour aller vivre avec quelqu’un d’autre, ce qui, je le comprends bien, peut envenimer une situation sur un moyen temps.

© Vie de Grands-Parents 2019