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10 vrais ou faux sur l’usage du masque et les risques

 

Le masque est maintenant obligatoire au Québec dans les transports en commun et les lieux publics fermés depuis le 18 juillet : commerces, cabinets, centres commerciaux, restaurant, etc. Cette situation a créé beaucoup de mécontentement et beaucoup d’échanges d’information sur plusieurs aspects entourant l’utilité du masque ou même le fait qu’il serait dangereux pour la santé.

Pourquoi parle-t-on spécifiquement des lieux publics fermés? Que sait-on exactement sur le masque? Est-ce qu’il faut toujours le porter ?

Voici 10 réponses à différentes questions qui devraient vous aider à respirer librement.

 

  1. Le masque est dangereux.

FAUX Le masque ne rend pas malade et il ne limite pas le passage de l’oxygène. Il peut bien sûr causer des irritations ou des démangeaisons pour ceux et celles qui ont la peau sensible et causer des inconforts pour certaines personnes qui ont des problèmes respiratoires. Cela est bien sûr malheureux. Il est aussi nécessaire de le remplacer ou de le laver fréquemment selon l’usage que l’on en fait.

Il faut aussi que le masque permette de respirer librement. Pour ceux et celles qui ont des problèmes à le porter durant de longues périodes, essayer de réduire votre présence au temps minimum dans les endroits où il est nécessaire de le porter.

 

  1. Tous les masques peuvent aider à réduire la propagation.

VRAI Il ne s’agit pas simplement d’un filtre, mais d’une barrière partielle pour détourner et réduire le déplacement d’air. Pensez simplement à mettre votre main devant votre bouche pour empêcher qu’un ami ne soit terrorisé par une haleine d’ail. Un masque aussi réduirait la propagation de l’odeur, en réduisant le flot d’aires directes vers votre ami. C’est la même chose pour le virus : il faut réduire le flot d’aires directes pour réduire la charge virale contenue dans l’air respiré par les gens qui vous entourent.

L’OMS mentionne que les N95 ne sont pas plus efficaces que les masques médicaux classiques face à la COVID-19. Les essais contrôlés randomisés ne montrent « aucune différence » entre ces deux protections faciales pour réduire la transmission des infections aéroportées.

Il est bien sûr vrai que les masques en tissu ne sont pas aussi efficaces que les masques médicaux de façon générale. Pour optimiser les masques en tissu, ils devraient comporter 3 couches et respecter :

  1. une couche intérieure de matériau absorbant, tel que du coton,
  2. une couche intermédiaire de matériau non tissé, tel que du polypropylène, et
  3. une couche extérieure de matériau non absorbant, tel que du polyester ou un mélange de polyesters.

Le masque doit en outre permettre de respirer tout en parlant et en marchant rapidement. Il est quand même mieux de bien utiliser un masque imparfait, que de ne pas en avoir du tout.

 

  1. Les masques peuvent aussi réduire nos risques de l’attraper.

VRAI Une étude canadienne conclut que le port du masque réduit la probabilité d’être contaminé par le coronavirus de 85 % en cas de rencontre avec une personne infectée. Tel que mentionné précédemment, nous ne pouvons malheureusement pas savoir qui est infecté étant donné le haut taux de personnes asymptomatiques.

Une méta-analyse (l’analyse d’un grand nombre d’études déjà publiées) considérant 172 études observationnelles menées dans 16 pays et sur six continents évalue que le taux de contamination des personnes en bonne santé côtoyant un individu touché par un virus transmissible dans l’air passe de 17,4 % à 3,1 % si elles se protègent le visage. Cela équivaut à une réduction de 82%, ce qui est similaire à l’étude canadienne. Donc, le masque protège aussi des risques de l’attraper.

 

  1. Avec le masque, la distanciation sociale n’est pas nécessaire.

FAUX La protection de plus de 80% du masque lorsqu’il est bien utilisé, s’ajoute à celle conférée par la distanciation. La distanciation sociale réduit le risque d’infection de 12,8% à 2,6% (80% de réduction) selon que l’on se trouve à plus ou moins un mètre d’une personne atteinte de COVID-19, et l’efficacité s’accroît au-delà de deux mètres de distance. Ce 80% et plus de réduction apportée par la distanciation sociale s’ajoute à celle du masque lorsque le masque est bien porté. Nous pourrions donc considérer que le 80% s’applique au 3,1 % résiduel de l’étude citée précédemment, pour les gens ayant un masque, pour donner 0,62% (moins de 1%). Basé sur les données présentées (références à la fin), le masque combiné à la distanciation réduirait les risques à moins de 1%.

Donc, le masque est un des outils, que l’on doit utiliser en considération de la distanciation sociale et toujours, avec le lavage des mains.

 

  1. Il faut le porter sur le nez et la bouche.

VRAI Voici les recommandations sur comment mettre et enlever le masque par Dr Alain Vadeboncoeur : Comment mettre un masque ou un couvre-visage?

 

  1. Seulement les gens ayant des symptômes devraient le porter.

FAUX Voici un énoncé qui provient de la santé publique du Québec :

« Certaines personnes peuvent être infectées sans le savoir. Le port d’un masque ou d’un couvre-visage, aussi appelé masque artisanal, pourrait permettre de diminuer le risque qu’une personne infectée transmette le virus à d’autres. »

On ne met pas seulement le masque pour nous, pour nous empêcher d’attraper le virus, mais encore plus, pour les autres, parce que beaucoup de gens sont asymptomatiques. Une étude récente a démontré que la quantité de coronavirus SARS-CoV-2, ce que l’on appelle la charge virale, est plus élevée chez des patients présentant des symptômes plus légers et ne nécessitant pas d’hospitalisation.

De plus, les gens asymptomatiques ayant une forte charge virale, ont une plus grande capacité à propager le virus pour trois raisons :

  1. Ils relâchent plus de virus à chaque fois qu’ils respirent (pas nécessairement obligé de tousser, mais la toux en relâche bien sûr encore plus.)
  2. Ils ne se méfient pas d’eux-mêmes puisqu’ils ne se sentent pas malades, ou peu.
  3. On ne se méfie pas d’eux parce qu’ils n’ont pas l’air malades.

Il est donc facile à comprendre qu’il peut y avoir des gens asymptomatiques qui propagent beaucoup le virus et il s’agit forcément d’un des problèmes les plus importants de la pandémie actuelle. C’est pourquoi l’usage du masque peut être pertinent pour limiter la propagation.

 

  1. Tout le monde peut l’attraper avec la même charge virale.

FAUX Définissions ce qu’est la charge virale et pourquoi c’est important. La charge virale est une quantité de virus. Pour la personne infectée, c’est la quantité de virus que la personne transporte, mais pour le risque d’infection, c’est la quantité de virus nécessaire pour infecter une autre personne. Plus la charge virale nécessaire pour infecter une personne est faible, plus le virus est contagieux. De la même façon, certaines personnes peuvent être plus à risque de contracter la maladie par une faible charge virale si leur système immunitaire est déficient ou qu’elles sont plus sensibles à ce virus (personnes à risques).

Il est aussi possible, selon une étude récente réalisée par l’Armée suisse, qu’une faible charge virale soit reliée à des risques plus faibles d’avoir des symptômes de la Covid-19 ou la possibilité d’être asymptomatique. Ainsi, le masque pourrait réduire les risques de développer la Covid-19, même si on est infecté, en réduisant la charge virale.

 

  1. Il n’est pas nécessaire de porter le masque dans un taxi.

FAUX Des scientifiques ont produit un index de risque COVID-19 qui considère que les niveaux de risque d’exposition varient selon 4 facteurs principaux :

  • les espaces fermés,
  • la durée d’interaction,
  • la foule et
  • l’exhalation forcée.

Ainsi, les activités sont classées selon 5 niveaux de risque, du niveau faible à élevé :

  1. (Faible) Rester à la maison, prendre une marche à l’extérieur, faire un pique-nique ou allez chercher une commande à l’auto.
  2. (Faible/moyen) Activités sportives à distance à l’extérieur, faire les courses, magasiner.
  3. (Moyen) Se rendre aux urgences, le dentiste, prendre un taxi, diner à l’extérieur d’un restaurant, visiter un musée.
  4. (Moyen/élevé) Salles de sports, coiffeur/esthétique, travailler dans un bureau (avec d’autres personnes), restaurant et café à l’intérieur.
  5. (Élevé) Fête à l’intérieur, bar et boîte de nuit, sports de contact, avion, transport en commun, concert, évènements religieux, cinéma/théâtre, assister à un évènement sportif.

Plus le niveau de risque augmente, plus les mesures pour éviter la propagation doivent être importantes; toutes les mesures et non pas seulement le masque.

 

  1. J’ai un masque, donc il n’y a pas de risque.

FAUX Le masque est un outil pour réduire les risques qui eux dépendent des facteurs présentés au point précédent. Même avec un masque, dans une situation à risque élevé, il est possible que vous attrapiez le virus. Toutefois, n’oubliez pas que tel que discuté au point 7, le masque pourrait réduire la charge virale et faire en sorte de réduire vos chances de développer des symptômes ou la forme sévère du virus.

 

  1. Il n’est pas nécessaire de mettre mon masque pour aller marcher à l’extérieur.

VRAI Marcher à l’extérieur, au grand air, est une situation à faible risque tel que mentionné au point 8. Il est important de conserver la distanciation sociale si vous croisez d’autres personnes, mais il n’est pas nécessaire de porter le masque.

Pour résumer, le masque est utile, mais si vous êtes longtemps dans un endroit fermé, à proximité d’une personne contaminée, il ne sera peut-être pas suffisant pour vous empêcher de l’attraper. Donc, même si vous portez un masque, il faut bien l’utiliser, se laver les mains, respecter la distanciation et être le moins longtemps possible dans des situations à risques.

 

 

Références :

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  • Chu DK, Akl EA, Duda S, et al. Physical distancing, face masks, and eye protection to prevent person-to-person transmission of SARS-CoV-2 and COVID-19: a systematic review and meta-analysis. Lancet. 2020;395(10242):1973-1987. doi:10.1016/S0140-6736(20)31142-9
  • COVID-19 : point épidémiologique du 9 juillet 2020, Santé Publique France.
  • Ezekiel J. Emanuel, MD, PhD Perelman School of Medicine at the University of Pennsylvania / James P. Phillips, MD, EMT-T George Washington University / Saskia Popescu, PhD, MPH University of Arizona/George Mason University. www.covid19reopen.com. 2020. COVID-19 Activity Risk Levels. Consulté le 24 juillet 2020.
  • Kissler SM, Tedijanto C, Goldstein E et al. Projecting the transmission dynamics of SARS-CoV-2 through the postpandemic period. Science, 14 avril 2020.
  • MacIntyre CR, Chughtai AA. A rapid systematic review of the efficacy of face masks and respirators against coronaviruses and other respiratory transmissible viruses for the community, healthcare workers and sick patients. Int J Nurs Stud. 2020;108:103629. doi:10.1016/j.ijnurstu.2020.103629
  • Seow J, Graham C, Merrick B et al. Longitudinal evaluation and decline of antibody responses in SARS-CoV-2 infection. medRxiv, 11 juillet 2020.
  • Stadlbauer D, Tan J, Jiang K et al. Seroconversion of a city: Longitudinal monitoring of SARS-CoV-2 seroprevalence in New York City. medRxiv, 29 juin 2020.
  • ASSOCIATION OF INITIAL VIRAL LOAD IN SARS-CoV-2 PATIENTS WITH OUTCOME AND SYMPTOMS. The American Journal of Patholology DOI : 10.1016/j.ajpath.2020.07.001
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