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La génétique : l’important, ce n’est pas ce qui est écrit, mais ce qui est lu ! (2e partie)

J’utilise souvent cette phrase pour parler de l’épigénétique « La génétique : l’important, ce n’est pas ce qui est écrit, mais ce qui est lu« . Étant donné que les gènes peuvent avoir soit une influence positive ou une influence négative sur notre santé, il suffit peut-être de lire seulement les positifs? Ou encore, de lire plus souvent les positifs ?

Effectivement, le plus important n’est pas nécessairement ce qui est écrit dans notre ADN, mais plutôt ce qui est lu et la fréquence à laquelle c’est lu. Ainsi, les gènes reliés à l’augmentation des risques de maladies, les mêmes que la population en général, ont été retrouvés dans le génome de personnes centenaires. Il semble que ce qui est le plus important n’est pas la présence des gènes de facteurs de risques (gènes négatifs), mais bien la présence des gènes de facteurs positifs ou l’expression de ceux-ci en fonction des habitudes de vie. Un individu porteur d’un certain nombre de facteurs de risques importants peut vivre très longtemps si ses facteurs positifs sont bien exprimés ou sont lus plus fréquemment, en fonction de ses saines habitudes de vie.

De la même façon, nous savons maintenant que les mitochondries influencent la lecture de l’ADN. Il s’agit de petits et très simples organismes primitifs autonomes possédant leur propre ADN et habitant nos cellules depuis la nuit des temps. Elles sont semblables à des bactéries. Les mitochondries ont le rôle extrêmement important de produire l’énergie des cellules à partir des molécules que nous consommons tous les jours. Elles ont un rôle primordial à jouer dans le vieillissement en santé et la prévention d’un grand nombre de maladies. Les mitochondries sont ainsi capables d’influencer la lecture de certains gènes spécifiques de notre génome. Il est maintenant clair que cette interaction peut avoir des répercussions importantes dans la prévention de certaines maladies et le vieillissement en santé.

Que peut-on faire pour influencer nos mitochondries?

Nos mitochondries sont fortement influencées par notre alimentation et notre mode de vie. Maintenant, nous savons aussi qu’au fil du temps, il s’opère une sélection naturelle dans la population de mitochondries. Ainsi, un individu en forme, faisant régulièrement de l’activité physique, aura une population de mitochondries très fonctionnelle (des usines énergétiques en santé) produisant peu de molécules oxydantes. Le contraire est malheureusement aussi vrai. Un individu sédentaire ayant une mauvaise alimentation aura une population de mitochondries vieillissante (vieilles usines énergétiques polluantes), produisant une plus grande quantité de molécules oxydantes et jouant de moins en moins leur rôle de régulation préventif de certains gènes de la cellule. Cette baisse de leur implication dans la lecture de l’ADN du génome pourrait même augmenter les risques de cancer.

Et si nous lisions plus souvent la séquence produisant les antioxydants?

Pour donner un exemple simple, si nos gènes de la capacité antioxydante naturelle sont lus plus fréquemment, nos chances d’être en meilleure santé augmenteront, plus longtemps. Qu’est-ce qui peut faire en sorte qu’ils soient lus plus souvent? L’activité physique !

Lorsque nous sommes actifs physiquement, nous avons besoin plus fréquemment de nos défenses antioxydantes. Il est alors normal que nos cellules rendent plus facilement accessibles les gènes reliés à la défense antioxydante, permettant ainsi un meilleur état de santé. C’est comme si les livres contenant les informations nécessaires pour produire des antioxydants restaient ouverts et facilement lisibles.

Cet impact ne sera pas seulement perceptible au niveau musculaire, mais dans l’ensemble de l’organisme. De la même façon, un grand nombre de gènes vont répondre à différentes facettes de nos habitudes de vie. Par exemple, les effets anticancer du thé vert et du brocoli seraient, du moins en partie, dus à des modulations épigénétiques bénéfiques. Le thé vert et le brocoli permettraient de rendre plus facilement accessibles certains livres importants pour notre santé.

En outre, plusieurs des modifications épigénétiques sont transmissibles d’une génération à l’autre et peuvent ainsi influencer la vie de nos enfants. Une revue récente de la science à ce sujet est disponible (Torano et al, 2016). Ce qu’il faut retenir, c’est que nous ne sommes pas les esclaves de notre génétique; celle-ci s’exprime selon nos propres décisions, selon nos habitudes de vie. La prévention demeurera toujours votre meilleur outil afin de demeurer en santé encore longtemps.

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